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dans Rio's Attic:

My Own Private Idaho

Even Cowgirls Get the Blues

Gus Van Sant

Seattle

Woody Allen

Rome

Martin Scorsese

Sissy Spacek

Francis Ford Coppola

Meryl Streep

Premiere

Premiere - Film Cuts
Pour célébrer River Phoenix, sa vie et son temps.
American EnglishEn Français

Première - Film Cuts

1ère édition 1994


ISBN 0-8478-2398-9 (Poche, 112 pages)

Bien que faisant plus de 100 pages, tout le monde est d'accord pour juger qu'il s'agit plutôt d'un simple opuscule que d'un vrai livre. Jamais publié officiellement, il était joint en cadeau, posé sur la couverture du magazine de cinéma Première de novembre 1994.

La couverture sanguinolente a peu de rapport avec le texte dans lequel des réalisateurs tels que Francis Ford Coppola, Woody Allen et Martin Scorsese décrivent le processus de réalisation d'un film et, plus spécifiquement, leur démarche personnelle dans l'approche de leur travail.

Dans l'accomplissement du but fixé - donner au lecteur une vision unique de l'art du cinéma - le livre est de loin le plus intéressant quand il atteint le chapitre quatre. Ce chapitre particulier prend la forme d'une transcription de douze pages de trois conversations qui eurent lieu, toutes en un seul jour, juste avant le voyage de Seattle à Rome effectué par la distribution et l'équipe de My Own Private Idaho pour les derniers jours de tournage. Le réalisateur Gus Van Sant a été interviewé d'abord dans un bar à sushi de Seattle, ensuite dans une voiture et enfin à l'aéroport où eut lieu la troisième et dernière discussion, juste avant l'embarquement. A la fin du dialogue, l'interviewer pose la question : « Qui est ton interviewer favori ? » à quoi Van Sant répond : « River Phoenix ». « Oh ! Ca, c'est une bonne réponse » dit River.

RP : Je vois que tu souris béatement très souvent.
GVS : Vraiment ?
RP : Tes yeux traduisent une sorte de perpétuelle félicité.
GVS : Pendant le travail ?
RP : Oui. Mais disons que c'est aussi comme une étincelle créative à la fin des prises. Quand tu as de nouvelles idées, tes yeux font comme s'ils vibraient.
GVS : Bon, ça vient en partie de ce que je m'identifie aux spectateurs dans la salle de cinéma. Je sais que je ne suis pas réellement dans une salle mais je vois la scène comme je pense qu'elle doit être tournée car je ne la regarde pas à travers l'objectif de la caméra.
RP : A part t'asseoir et appliquer ta motivation et ton énergie à ton monde créatif en perpétuelle évolution, comment te disciplines-tu ? As-tu une espèce de philosophie qui maintient cette discipline ?
GVS : Quand je vois quelque chose - disons un film - et que je pense que c'est une bonne idée, quelque chose que j'aimerais faire, je ne le vois pas comme un tout. Je vois une image qui, je pense, représente tout le film. Et alors, je commence à travailler en direction de cette image et je l'élargis et ça devient très compliqué, parce que tu dois avoir beaucoup d'éléments pour donner vie à cette image. Et d'habitude, en chemin, tu perds l'image. Ca devient quelque chose de nouveau, une chose en elle-même. Tu continues comme ça sur le principe qu'elle a une vie propre et à la fin tu te dis : « Ouais, je me souviens de la première image de cette idée-là. Je pensais que ça allait être une chose en noir et blanc, une chose sombre qui se passe dans les années 50. » Et en fait tu finis avec une histoire brillante et pleine de couleur dans les années 90.
RP : Tu parles de My Own Private Idaho ?
GVS : Oui, Idaho est un très bon exemple, car c'est très brillant et plein de couleurs et ça se passe dans les années 90. Je pense que les idées originelles étaient dans l'ombre et dans le noir, mais finalement il n'y a pas beaucoup d'ombre dedans. Je sais que tu m'as convaincu de ne pas le faire en noir et blanc. Tu disais « Non, non, non. Ca doit être en couleur. » Je ne sais pas pourquoi tu disais ça.
RP : Je le voulais en noir et blanc et pour moi, la couleur n'allait pas et c'est pour ça que je pensais qu'on devait essayer car autrement on aurait eu à la fin quelque chose qu'on n'aurait pas pu refaire. Mais dans un sens, le noir et blanc, c'est daté et là nous parlons d'un film sans âge. Une des choses que j'aime vraiment en travaillant avec toi, c'est que toi, tu n'as pas peur d'être dépouillé de ton ego en collaborant. Tu n'es pas possessif, comme certains, mais tu laisses filtrer toutes les idées sans les arrêter de peur de perdre le contrôle, ce qui serait une peur justifiée pour quelqu'un qui veut garder son projet aussi pur que possible.

En lisant le texte, on aurait voulu être une petite souris. La lecture, c'est très bien, mais quelle fascination aurait été la nôtre si nous avions pu voir et entendre les expressions des visages, les sourires, les signes de tête, l'empathie et la compréhension entre deux amis qui discutent de sujets qui les passionnent tous deux.

RP : Tu as dit toi-même « Dans quel but Gus fait-il cela ? » Est-ce que ça t'énerve quand les gens essaient de te définir ?
GVS : Non, pas du tout, parce que je ne me définis pas moi-même en fait.
RP : Oui, moi aussi j'aimerais me définir moi-même. Aussi si on peut me donner un indice, je serai toujours prêt à écouter.
GVS : Exactement. Oui, je suis plutôt dans le noir en ce qui me concerne - je n'ai jamais fait de psychothérapie. Je ne sais pas si ça aiderait. Je ne pense pas qu'il y ait grand chose à définir.
RP : Je suis surpris par la prétention des gens qui essaient de te définir juste en considérant une de tes oeuvres.
GVS : Eh bien, peut-être qu'il y a des gens dans ce milieu qui n'ont jamais écrit ou réalisé avant, alors leur travail est peut-être plus facile à interpréter. Il y a cette histoire où quelqu'un parle d'un réalisateur avec qui il a travaillé - c'est vraiment des ragots - et qui dit : « Il est devenu obsédé par cette actrice ». Il travaillerait dix heures rien que pour faire l'éclairage de la prise de vue où elle entre par la porte. C'est une espèce d'obsession de cinglé.
RP : C'est vrai. J'ai aussi entendu cette histoire.
GVS : Je pense que c'est vraiment cool. Je veux dire, je peux devenir obsédé par quelque chose, tu sais ? Jusqu'ici ce n'est pas arrivé dans mon travail, mais ça pourrait arriver.
RP : Que penses-tu de la façon dont les femmes sont représentées dans le cinéma moderne ?
GVS : C'est dur pour elles de se retrouver, réellement. On ne les représente pas du tout si ce n'est dans un monde d'hommes.
RP : Qu'est-ce que toi, tu penses de ça ? Parce que dans le film, tu as ce personnage, Carmella, qui est une sorte de cliché féminin.
GVS : Oui, c'en est un.
RP : Mais maintenant tu veux faire Even Cowgirls Get the Blues, qui est un des premiers livres-
GVS : à retenir la notion d'héroïne.
RP : C'est vrai. Donc tu fais ça et ça rétablit l'équilibre. Certains ne sauront pas que c'est ça que tu fais quand ils verront le film et je suppose que ce n'est pas très important, sauf que ça m'intéresse. Je ne peux pas m'imaginer être une actrice aujourd'hui. Si j'étais une femme, je ne serais pas ce que je suis. Je n'aurais pas eu la chance d'arriver où j'en suis. C'est vraiment un chemin difficile pour réussir à devenir quelqu'un comme Sissi Spacek ou Meryl Streep.

La brièveté insupportable de la vie de River donne à chacune de ses années une valeur particulière et significative. Si le lecteur devait avoir une petite déception à la lecture de ce dialogue, ce serait seulement le regret que les rôles n'aient pas été ensuite inversés pendant le voyage à Rome et que Gus Van Sant n'ait pas saisi l'occasion d'interviewer River.


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