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108 Portraitsde Gus Van SantPremière édition 1997
A peine un peu plus de quatre mille exemplaires du livre ont été imprimés dont cent vingt numérotés et signés par l'auteur. Signés ou non, ils sont devenus des sortes de pièces de collection d'un prix non négligeable.
Bien évidemment, on reconnaît dans ce livre des visages familiers . Toute la distribution de My Own Private Idaho est présente, y compris Bill Richert, le réalisateur de A Night in the Life of Jimmy Reardon, Flea, Keanu Reeves et Michael Parker, le seul à figurer deux fois dans l'ouvrage. On trouve d'autres personnes qui ont travaillé avec River, dont Ione Skye et Bradley Gregg. Chaque visage raconte une histoire, chaque paire d'yeux représente une fenêtre s'ouvrant sur une âme unique et différente. Certains des sujets de Van Sant sourient, d'autres se tiennent fièrement, certains sont humbles alors que d'autres nous laissent songeurs, leurs pensées et leurs sentiments restant bien cachés au moment où la photo fut prise. En feuilletant ce livre, sautant d'un visage à l'autre, on ne peut s'empêcher de s'arrêter un bon moment sur le portrait 58. Le portrait 58 fut saisi au printemps 1990 près de Gainesville en Floride, chez une jeune star de cinéma. De longs cheveux, à la veille d'être rasés pour un film sur le Vietnam, réussissent à cacher partiellement le visage du sujet mais sont incapables d'en masquer l'expression. Car c'est une expression qui est tout simplement trop forte, trop puissante pour rester cachée. C'est un air de cynisme, un air de méfiance, une expression de haine calmement réprimée qui est dirigée carrément vers l'objectif de la caméra et qui frappe sa cible en plein coeur. Il n'est pas surprenant que les amis de River lui aient souvent demandé de le prendre en photo quand il leur rendait visite. River, comme toujours, mettait calmement les sentiments et les besoins des autres avant les siens et acceptait. A ses amis les plus proches, il confia cependant quelquefois qu'il partageait d'une certaine manière l'idée que la caméra lui prenait ou plutôt lui volait une partie de son âme. River devait savoir, il devait avoir conscience que ce qu'il partageait et offrait si souvent était une ressource finie. Ce n'est qu'après coup, alors qu'il était déjà trop tard, que le reste du monde s'en est également rendu compte.
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